Les Fils du Corbeau
"En cet hivernal deuxième mois de l'an de grâce 930 une rumeur s'étendit de Gueugnon à Lyon. L'on disait voir partout Une troupe singulière n'obéissant à aucun seigneur, ni aucun commandement de Dieu, parcourant en tous sens les terres enneigées que le bon Roi Raoul Duc de Bourgogne protégeait du vil Herbert de Vermandois.
Cette assemblée disparate regroupait Hommes du Nord, de L'Est et bien d'autres peuples étrangers à nos contrées septentrionales et chrétiennes.
La populace reconnue en ces Enfants du Corbeau, comme ils aimaient à se nommer, des artisans de talent, des guérisseurs savants et d'habiles marchants.
Les seigneurs et gents bien nés les employèrent également comme mercenaires. Voyant en eux d'efficaces guerriers, mais bien trop grassement soldés.
Les hommes de Dieu les méprisaient, à tort ou à raison. De ces farouches brigands ils craignaient bien plus leurs femmes, que l'on disait aussi vive à sortir l'épée qu'à lancer quelque païenne malédiction.
Aimer des faibles, haïs des puissants car élevant leur compagne plus qu'à leur égal, acceptant comme frères ceux qui n'auraient été accueilli en voisin d'ici ou d'ailleurs. Aimaient ceux qui parlent sans ambages et sans menteries. aimaient la beauté des choses faites, chantées et bues. Enfin, ils aimaient à complaire les leurs et leurs dieux en s'hâtant de vivre chaque jour comme le dernier, ne s'attardant point en querelles inutiles mais à laisser un souvenir plaisant à perdurer dans l'âme Amie à jamais.
Nul ne sut en ces temps comment tels blasphémateurs avaient acquis liberté d'aller et de croire sous l'Oeil si pieu de Saint Odon de Cluny. Cela n'aurait pu être si, en un instant de faiblesse, Raoul ne les avaient pris en pitié ; à moins que notre Seigneur ne les réserva à un destin a lui seul connu.
La mémoire de l'Historia ne retiendra que leur bravoure et leur rage animale, elle oubliera qu'ils ne souhaitaient que vivre libre sur leur terre et dans leur âme."
Extrait des Chroniques de Taliesin, Chapitre Premier.